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Joëlle Bouvier

Apr 9th 2017 @ MAISON DE LA DANSE

Lyon, France
I Was There
Sunday, April 9th, 2017
3:00 PM
MAISON DE LA DANSE
Lyon, France
Joëlle Bouvier est vraiment une femme qui danse. Une femme intemporelle qui traverse les époques, les modes et les styles, sorte d'héroïne hitchcokienne dans un univers fellinien. Le cadre est celui d'un présent comme ligne de fuite. Elle est la femme en proie aux blessures du désir, la gamine toujours aux prises avec sa propre féminité inaccessible. Elle fait danser, pour elle aussi, son corps de femme. Elle sème le trouble telle une enfant fragile dans un espace limpide. Chacune des femmes qu'elle campe exhalent pourtant une puissante "Odor di femina" qui forcerait n'importe quel Don Juan à jouer les timides.

Sa gestuelle impulsive, émotionnelle, à fleur de peau, affirme un lyrisme exacerbé contrebalancé par une force maîtrisée tout en douceur. Elle est sans doute une des plus belles représentantes d'une danse chaude, vibrante, pulsionnelle et théâtralisée qui ne craint pas d'affronter la violence des sentiments, le drame, un érotisme incandescent.

Elle puise dans l'instinct une écriture enfièvrée, où les corps sont livrés au désordre. Courses, soulèvements brusques, assauts haletants, sont brusquement résorbés en murmures, en caresses.

Quand elle danse en solo, elle emporte l'adhésion immédiate grâce à un tempérament exceptionnel. Non seulement elle est la danseuse pleine de fougue que l'on connaît mais elle est devenue une actrice hors pair. Aussitôt sur scène, son magnétisme fixe les regards. Avec ses jambes à dominer le monde, elle ose des marches et des tours décalés, décentrés, en impatiences hâtives qui, à chaque pas, font bondir la raison.

Comme il est terrible le petit claquement du talon aiguille à vous pincer le coeur quand elle arpente, tel un géomètre du sentiment, l'espace du plateau. Sa chair est cinématographique, une échappée lumineuse qui fascine par la douceur promise, la sensualité ouvertement affichée d'une femme dans toute sa plénitude.

Quand elle chorégraphie pour d'autres, les corps sont lancés dans l'arène avec toute la fureur de l'urgence, les gestes s'accélèrent s'enlacent, se déchaînent dans une sorte de colère exaltée et désirante. Puis les mains se délient, les corps s'entrelacent, la danse implose laissant apparaître une grâce douloureuse de Pièta.

Cette amoureuse du cadre filmique sait faire renaître la blancheur de la neige ou de l'écume, celle des nuits de lune où l'on rêve sa vie en couleur.

Agnès Izrine