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Thursday, March 29th, 2018
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Si une phrase devait résumer Anti slogan, le nouvel album de Chevalrex, ce serait probablement cet extrait du Journal de Wiltold Gombrowicz: “À l’écart de tous les slogans, ce qui m’attache dans une œuvre d’art, c’est cette secrète déviation par quoi, tout en relevant de son époque, elle n’en demeure pas moins l’œuvre d’un individu bien distinct, vivant sa propre vie.” Anti slogan, c’est exactement cela : regarder un artiste grandir parce qu’il s’ouvre au monde. Rémy Poncet, l’homme derrière Chevalrex, s’est d’abord fait connaître du microcosme musical par son album Catapulte, enregistré à la maison et sur lequel il jouait tous les instruments. Un disque lo-fi qui aurait sans doute été signé sur le label Lithium (Dominique A, Diabologum, Holden, Jérôme Minière, etc.) si celui-ci avait survécu à l’époque. Finalement, c’est l’écurie Vietnam qu’il rejoint pour l’album suivant, Futurisme. Là encore un disque essentiellement home-made. Seules les voix auront été enregistrées chez Angy Laperdrix (Aquaserge, Dorian Pimpernel, Halo Maud, Yeti Lane…). A sa sortie, Futurisme est plébiscité par Télérama qui lui attribue la note maximale de 4F. “Ses chansons naviguent entre pop symphonique et chanson fine, confidences et lyrisme”, Chevalrex “s’inscrit dans le fil d’une chanson française porteuse de sens”. Libération, Les Inrocks ou France Inter s’enthousiasment eux aussi pour cet “authentique génie”, parlent de “chanson minimale”, de “symphonie de poche”, de “vignettes sixties et collages sonores”. Rémy Poncet n’avait pourtant alors livré qu’une infime partie de son talent. La lecture des œuvres complètes de Simone de Beauvoir est une révélation. Comment trouver sa place dans le monde, parmi les gens, en restant soi ? De ce questionnement est né Anti slogan. Pour la première fois, Chevalrex s’entoure, notamment du guitariste Mocke, du batteur Sylvain Joasson, du multi-instrumentiste Olivier Marguerit (O, Syd Matters, Mina Tindle), d’Angy Laperdrix, bien sûr, mais aussi d’un véritable orchestre de cordes. Une réussite : la musique de Chevalrex prend une toute autre dimension. Il n’est plus question de “musique de poche”, l’ambition va bien au-delà. Anti slogan s’affirme comme l’un des plus grands disques de pop française jamais composé. Un disque lumineux, ambitieux, pop, raffiné, intime. Comme si le Vincent Delerm d’A Présent avait rencontré le Jim O’Rourke d’Eureka, en s’inspirant de la majesté des Tindersticks. Comme si les Flaming Lips de Soft Bulletin ne faisaient qu’un avec l’œuvre de Michel Legrand. Ou encore, comme l’écrivit un jour Sing-Sing, le chanteur de Arlt, évoquant un concert de Chevalrex : “Un idéal pop entre Boris Vian, Jonathan Richman et Andy Kaufmann”. Mais bien plus que les “comme si” et les mariages d’influences, c’est peut-être Chevalrex lui-même qui résume le mieux le chemin parcouru depuis ses débuts. En ouverture du disque, il chante tout simplement : “Moi face aux mouvements du cœur, moi au face au monde et ses lueurs”.